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Une vie…

15 mai

A peine enterrés et leur maison est déjà vidée de son histoire…Je les imagine…

- Tu te rappelles, ma chérie, cette vieille valise,  que j’ ai si longtemps cherchée, puis, oubliée  ? !

- Oh, oui ! c’ est la p’ tite valise en cuir qui nous accompagnait partout à chacune de nos escapades…

- On était mieux en vrai qu’ en photo à l’ époque ! C’ est sûr ! Que le temps passe si vite…

- Ah, la jeunesse ! On pouvait mieux s’ amuser à notre époque même avec la guerre. Tu ne penses pas ?

C’ était lors des moissons qu’ ils avaient commis l’ irréparable: ils avaient osés s’ aimer…Depuis, le temps est passé, repassé, et eux ont trépassé. Ils avaient 87 ans tous les deux -en pleine santé- lorsqu’ ils partirent contre leur gré à la Maison du Grand Départ.

Trois mois et demi ont suffit à les emporter; eux qui s’ étaient tant aimés ! Trois mois et demi…après 86 ans et huit mois et demi d’ une vie heureuse. Ils me le disaient si souvent et ça se voyait: ils avaient vécu en paix et en amour. J’ étais ému de leur tendresse réciproque; ils étaient un modèle, mon modèle de vie.

- ils ont pris le train en même temps pour le grand voyage; main dans la main dans un dernier baiser de chair me confia une aide soignante dévouée; une de ces africaines déracinées, venu d’ un pays sans maison de retraite où l’ on accompagne les vieux et où on les respecte encore. Pour combien de temps ?

Oh, je ne suis qu’ un voisin …mais quand je voie comment la bâtisse des vieux a été dépouillée…

Le lendemain de l’ expédition à la Maison de Retraite ( quelle curieuse expression !), ils étaient tous là, leurs  enfants à qui, la commode Louis 15, à qui la vaisselle du mariage: de la porcelaine de Sèvres -datée et signée; à qui la voiture de collection de Pépé, à qui…

Ah, les chiens galeux !

Je ne les ai vu que 9 mois mes voisins mais ils m’ ont tout de suite adopté; faut dire que j’ étais presque la seule personne à leur rendre visite. Même là-bas…j’ y allais. Cette maison qui déshumanise…qui assassine…qui empaille…qui dévalise…

Chez eux au coin du feu, au coeur de l’ hiver; c’ était des moments magiques. Ils sont partis à la fin du printemps. Ce ne fut pas pour moi « les sanglots longs de l’ automne »…mais des larmes pour arroser le bel été qui s’ annonçait.

A l’ enterrement, la famille était venue “de loin” et les amis sont vite rentrés chez eux; il faut dire qu’ ils étaient peu nombreux !

Deux mois après, j’ entre dans leur unique maison; curieusement, la porte est restée ouverte. Faut dire qu’ il n’ y a rien à voler…Je les regarde sur cette photo jaunie, posée sur la cheminée comme une mise en scène. Sûrement un des p’ tits fils qui a fait une dernière farce…

C’ est comme s’ ils me parlaient..Est-ce qu’ ils me voient ? Est-ce qu’ ils entendent mes commentaires à voix hautes ? Je les ai tant aimé; leur ai-je dit ?

Bientôt la maison sera détruite: un promoteur heureux grâce à une famille avide.

- Dit Papa , est-ce que t’ es vieux ? me lance tout de go mon Loulou de 4 ans, quand je rentre chez moi.

- Mais non, mais non…tu sais bien que vieillir n’ est qu’ une vue de l’ esprit…Je serai toujours jeune !

- Je t’ aime mon fils ! Et je t’ aimerai toujours.

© Chridriss

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