Château-Rouge… (Part. 2)

 

    Tout au long du chemin de retour à mon domicile, mes pensées me ramenaient inexorablement à mes pérégrinations château-rougesques ; mon esprit  me reconduisaient sans cesse à mes émotions quasi cauchemardesques de ce non-lieu ( ?)de vie. Le périph était désert ; j’étais seul dans ma voiture mais il y avait pourtant moult personnages qui rodaient…

    Puis, le temps passa… Je me devais de vaquer à mes occupations. Reprendre le cours normal de ma vie – enfin, normal… Un petit mot pour souvent de grands maux ! La normalité…

    J‘en avais trop vu…ou pas assez !

  Un soir, alors que j’étais dans Paris à une heure tardive, en voiture*, je décidais de retourner à Château-Rouge. Bien ou mal m’en a pris…car cette nouvelle « visite » me hanta longtemps !

   Je fis un tour comme l’autre fois, d’abord en voiture, puis à pied. Quelques mois s’étaient écoulés mais rien n’avait changé. Pourquoi cela aurait-il changé ?

  Quelques femmes, soit seule, soit en groupe attendaient le client. Parfois épanouies, parfois fanées, ces fleurs arpentaient le bitume après avoir quitté les chemins de poussière latérite, les villages traditionnels, les villes bouillonnantes du Cameroun, de la Côte d’Ivoire…mais surtout du Ghana et du Nigeria. Certaines étaient passées par l’Italie, l’Espagne, le Portugal. Que sais-je encore… Enfin, c’est ce que j’avais cru comprendre via divers reportages télévisuels et articles sur le web ; ce que je vérifiais plus tard lors d’échanges emplis de courage de leur part. Oui, il fallait oser se confier à moi, un individu lambda, qui n’était, certes, ni un proxénète, ni un flic, ni un journaliste ; ni un pervers, ni un obsédé sexuel, ni un client ! Mais tout de même un homme ! Oui, il fallait oser me faire confiance.

  Comment me direz-vous ? Le plus simplement du monde : je fis preuve de… respect me semble-t-il. Et d’assiduité car je revins souvent dans le quartier ! En fait, je fus moi-même. 

  Ce soir-là, j’avais vu de ma voiture, dans un angle de rues, une prostituée seule dans la pénombre, qui ne laissaient rien apparaître de son corps. Elle portait un jean qui lui allait comme un gant, un haut simple sous un blouson, ne laissant même pas deviner la vue d’un décolleté pigeonnant. Rien. Elle était même moins sexy, moins aguicheuse diraient certain-e-s, moins provocante que de nombreuses femmes que l’on peut croiser tous les jours (ce n’est qu’une vue de l’esprit, pas un jugement : les femmes ont le DROIT DE S’HABILLER COMME ELLES VEULENT ET DEVRAIENT POUVOIR LE FAIRE SANS ÊTRE IMPORTUNÉE). Une fois ma voiture garée, je retournais où je l’avais vu. Personne. Elle avait disparu. Enfin, pas pour tout le monde… Un type avait dû… Ils étaient en train de…

  Alors je déambulais dans les petites rues adjacentes à la Rue Poulet – même pas un lointain cousin du « Poulet bicyclette » que je connus en Afrique ! pensais-je.

  Je n’étais pas un client mais qui le savait à part moi ? Pour toutes ces femmes, je représentais potentiellement quelque argent – aurais-je pu être autrement perçu ? Cependant, je ne voulais pas leur donner cet « espoir » (si je puis me permettre d’usiter ce terme). Je marchais droit devant moi en ayant l’air de ne pas leur prêter attention comme quelqu’un qui sait où il va, comme un type qui va à un rdv important, comme un individu qui n’est au-cul-nement intéressé.

  Finalement, j’entrais dans un bar pour profiter des toilettes et accessoirement prendre un café. Ou le contraire ! La clientèle était composée a priori d’égaré-e-s, d’invétérés-éthérés buveurs de bières, de paumé-e-s, de prostituées, de toxicos… Une ambiance qui ne m’impressionnait guère : j’ai un peu vécu comme on dit communément. J’écoutais les conversations oscillant entre banalités et philosophie de comptoir… Pas franchement intéressant.

  A peine sorti dans la rue, mon regard croisa celui d’une femme, visiblement une trentenaire qui avait été au demeurant une jeune fille au physique agréable mais qui semblait présentement hors d’âge… Elle me demanda une cigarette : je lui donnais mais elle ne l’alluma pas. Puis, sans détour, elle me dit qu’elle cherchait du crack. Bon, je ne fus pas surpris car, à l’époque, j’avais encore les cheveux longs et j’attirais souvent malgré moi, les toxicos…voire les dealers : « Tu cherches quelque chose ? » Bon, pas dans les quartiers bourgeois… Parfois, a contrario, je sentais une méfiance car je pouvais aussi être pris pour un flic de la B.A.C.

 Malika** n’obtint pas ce qu’elle cherchait mais nous discutâmes malgré tout un certain temps. Elle me raconta son parcours de vie qui n’avait pas emprunté les bons chemins… Sa famille l’avait rejetée car l’ayant elle-même rejetée, ainsi que l’Islam, la religion familiale. Elle disait vivre avec un type dans un squat, addict lui aussi. Elle fréquentait le 18e pour trouver sa dope, se prostituant parfois. Cela me parut à la fois étonnant et évident qu’elle me racontât tout cela. Mon travail en Psychiatrie-addictologie n’est pas le fruit du hasard…

  Je retournais à ma voiture ; il était déjà 2 heures du matin…

     A suivre…

     Chriss  ;)

* Depuis quelques années, je ne prends quasiment jamais les transports en commun à Paris : c’est en voiture, à moto ou Vélib que je me déplace.

** Prénom fictif mais proche de la réalité.

                                                      Le  15/03/2014 – © chridriss

7 réflexions sur “Château-Rouge… (Part. 2)

  1. Tellement réel, tellement vivant ton récit. Château rouge est l´image de nos sociétés dites modernes. On ignore ces filles, personnes ne semble se préoccuper de leurs sorts.

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    • Quelle hypocrisie totale pour une Mondoblogueuse de faire croire qu’on s’intéresse à la Prostitution à Château-Rouge,juste le temps d’écrire un article et de prendre des photos sans autorisation et de façon sournoise.Je crois en la sincérité de Chris qui ne triche pas.

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      • En effet, je ne triche pas. Et je ne cache rien non-plus d’où la validation de la publication de ton commentaire.
        Il semblerait qu’il y ait un différent entre toi et Rene Mouna. Je n’ai pas à interférer entre vous deux.
        Cependant, elle a un droit de réponse, qui, je l’espère, vous fera aller dans le sens du dialogue et de la réconciliation.

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        • En ce qui me concerne,je ne souhaite aucun dialogue.J’estime à raison qu’elle s’est servie de moi comme d’une couverture pour justifier sa Présence à Château-Rouge pour rédiger son article sur les Prostituées,point barre.

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  2. Tu en a fait des Rencontres Féminines à Château-Rouge.Tu as eu la descence de préserver leurs Anonymats et de ne pas mettre des photos qui portent atteinte à leurs intégrités physiques.J’espère que tu parleras aussi un Jour d’un autre aspect de Château-Rouge avec son Marché de Produits Exotiques venus d’Afrique,ses consommateurs,ses commerçants et de ses Touristes qui font la Réputation de ce Quartier Africain devenu célèbre aujourd’ui à Paris.

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    • Et pas que féminines ! J’ai aussi discuté avec quelques hommes mais c’était plutôt dans des cafés. Des « conversations d’hommes » peu intéressantes. Je préfère toujours discuter avec les femmes : elles comprennent bien mieux l’essence de la vie. J’apprends beaucoup plus à leur côté.

      Faire des photos ne m’est même pas venu à l’esprit : un comble pour un photographe ! Et puis, ce n’aurait été possible qu’à leur insu et je ne suis pas un paparazzi !😉
      L’anonymat, c’est une évidence.

      Je n’ai pas l’intention -a priori- de parler de « l’autre Château-Rouge » mais sait-on jamais !

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