Mary Prince : un spectacle essentiel !

 

          Bonjour !

     En ce mercredi soir -hier, plutôt doux de décembre, je suis allé à la Manufacture des Abbesses (petit théâtre parisien comme il en existe tant).

  Non-pas pour me dérider les zygomatiques devant un stand-up humoristique, ni pour un divertissement visuel, musical ou je ne sais quel amusement pour oublier cette période trouble et austère qu’est cette fin d’année 2014 mais plutôt pour apprendre, me cultiver, réfléchir au sens de la vie…

    Rassurez-vous, rien d’intello, ni prise de tête ; c’est à la portée de tous !

  En fait, je suis allé voir « Mary Prince » où il s’agit d’écouter le récit de sa vie d’esclave, interprétée magistralement par Souria ADELE (d’après l’autobiographie The History of Mary prince, A West Indian Slave Narrative).



« Née en 1788 aux Bermudes d’une esclave de maison, Mary Prince subit la première des nombreuses expériences déchirantes de sa vie lorsqu’elle fut séparée de ses parents et frères et sœurs à l’âge de 12 ans. Soumise aux abus corporels et sexuels par les maîtres qui ont suivi, elle est achetée et vendue plusieurs fois avant d’être finalement libérée.

Première femme noire à briser les chaînes de l’esclavage dans les colonies britanniques et à publier le témoignage de sa vie, Mary Prince se remémore de manière vibrante sa vie dans les Antilles britanniques, sa révolte contre les humiliations physiques et psychologiques, jusqu’à son ultime évasion en 1828 en Angleterre. Son récit direct, souvent poétique, de l’incommensurable calvaire, la séparation d’avec son mari et la lutte pour la liberté ont embrasé l’opinion publique à une époque où les débats houleux sur l’abolition étaient courants aux États-Unis et en Angleterre. » 

© La Manufacture des Abbesses



    Cette prestation de Souria Adele ne met pas le cœur en joie ! Au contraire, elle nous met la larme à l’œil ; elle nous transmet une émotion qui fait déborder notre cœur. Et ce n’est pas simplement des bons sentiments et de l’empathie…

  Ce spectacle sobre, sans décor, sans autre personnage, nous interpelle sur cette sombre période de l’Histoire humaine : l’esclavagisme et la colonisation. Il nous pousse à nous questionner sur notre vécu en lien avec notre comportement vis-à-vis de « l’autre », de « l’étranger ».

  Contrairement à l’expo « ExibitB », là, il n’y a pas de voyeurisme ; uniquement une communion entre l’interprète – Souria ADELE est l’incarnation bluffante de Mary Prince, pudique et tout en retenues– et le public attentif et silencieux ; là, la parole existe et elle est d’abord celle d’une noire, et donc des noir-e-s et des traumatismes de leur Histoire, perpétrés par des blancs.

   Mary Prince a été à l’origine de l’abolition de l’esclavage dans les colonies anglaises. D’autres – tels M.L. King, Malcom X, T. Sankara… – ont œuvré pour donner une juste et digne place aux noir-e-s dans la société : ils en sont morts !

  Hors, plus de 150 ans après l’abolition de l’esclavage, 13 ans après la loi Taubira (reconnaissance de l’esclavage en tant que crime contre l’humanité), la traite des êtres humains est encore d’actualité car l’asservissement est constant partout dans le monde.

  Découlant en grande partie de cette époque colonialiste, le racisme passé et présent est d’abord une construction sociale qu’il faut admettre en tant que telle pour le comprendre afin de mieux le combattre.

  Les souffrances « modernes » des non-blan-he-s sont principalement le fait du paternalisme, de la condescendance, de l’arrogance, de la suffisance…des blanc-he-s, intrinsèquement ancrées dans les esprits depuis des lustres. Il est plus que temps de changer ! Alors quand, nous, blanc-he-s, croisons une personne non-blanche dans la rue, dans les magasins, dans les institutions… Respectons-la et laissons-la enfin vivre en paix  !

    Chriss  😉

                       © chridriss – le 18/12/2014.

PS: le spectacle s’est terminé ce samedi mais vous pouvez assister aux matinées exceptionnelles à la Manufacture des Abbesses le lundi 26 janvier et le mardi 3 février 2015 à 14H30. A l’issue de celui-ci, un échange sera mené par un historien du CIRESC.

Quelques dates en provinces possibles (à suivre) et le Festival d’Avignon en projet !

Renseignements pratiques :

La Manufacture des Abbesses  7 rue Véron  75018 Paris (Métro Abbesses)  Réservation : 01 42 33 42 03

Représentations : les mercredis, jeudis, vendredis et samedis 19 h jusqu’au 31/12/2014.

 

Le spectacle

Page Facebook du spectacle 

La presse en parle…

Le site de Souria ADELE

Sa page Facebook

Exibit B : Exhibition Bananière à Boycotter !

      J’ai peu commenté sur les réseaux sociaux au sujet de cette expo — puisque je n’ai guère de légitimité à le faire — et je n’avais pas l’intention d’en faire un article (tout a déjà été dit, le pire comme le meilleur). Cependant, je vais pianoter, quand même, quelques mots car « Qui ne dit mot consent » et comme je ne consens pas et que je ne sais pas me taire, je me dois d’être clair et transparent :

  Je condamne cette pseudo « performance artistique » de Brett Bailey (que je n’ai pas vu – on n’est pas obligé d’avoir un cancer pour en parler !)et j’ai soutenu et je soutiendrai encore, à titre personnel, isolé, sans militantisme (?)mais publiquement, les manifestant-e-s contre celle-ci. Je préfère la plupart du temps agir dans l’ombre, modestement. C’est ma manière de contester, protester, revendiquer… Chacun sa méthode. Je laisse la lumière à ceux qui savent s’exposer. N’allez donc pas penser que j’arrive après la bataille !


     Pourquoi être contre Exibit B ?

  • Parce que sous couvert d’Art, on ne peut pas tout accepter, sans condition, ni avertissement.

  • Parce que la présentation de l’expo est financée avec de l’argent public et qu’il est du devoir de chaque citoyen de demander des comptes sur ce que l’Art, ainsi dispensé, propose aux contribuables.

  • Parce que ce spectacle montre des personnes noires :

    – en cage, tels des animaux. La symbolique peut (se) prêter à de nombreuses interprétations odieusement malsaines…

    – statiques donc passives (les noir-e-s n’ont pas le droit d’être actifs sauf si c’est – encore des clichés – dans le sport, la musique, la danse).

    – muettes par défaut donc sans le pouvoir, ni le droit de s’exprimer.

    – crûment nues pour certaines donc affaiblies par un certain voyeurisme.

    Tout cela participant à la stigmatisation d’une population et rappelant les « tristement » célèbres « zoo humains » d’un autre temps.

  • Parce que c’est un blanc, paternaliste, avec ses privilèges re-niés, qui a conçu et propose cette expo sans montrer, ni démontrer le rôle des blancs esclavagistes et l’impact de la colonisation.

  • Parce que la parole intrinsèque des concerné-e-s soit les non-blanc-he-s, dans et en dehors du spectacle, est confisquées, censurées, bafouées, dénigrées.

  • Parce que la censure va toujours à l’encontre des victimes ; qui, elles-eux, n’ont pas droit à la sacro-sainte liberté d’expression, cette dernière défendue elle-même par les censeurs. Paradoxe ! Les pro-Exibit B s’autorisent tous les droits alors que les manifestant-e-s directement concerné-e-s n’ont pas le droit de s’exprimer à bon escient ! Ils ont même eu droit à une protection policière ! (Cette dernière n’hésitant pas à faire usage de violences à l’encontre des manifestants pacifiques).

  • Parce que l’expo va rapporter de l’argent à son créateur et ne servira pas la cause de ce qu’il prétend dénoncer.

  • Parce que les responsables de la programmation (et leurs soutiens)démontrent le contraire de ce qu’ils proclament haut et fort dans les médias : ils ne sont pas antiracistes ! Bien au contraire, ils font le jeu du racisme !


            Exibit B : Blessante à Bannir !


   Cette expo a déclenché une polémique qui ne donnera pas, malheureusement, plus de visibilité aux concerné-e-s ; pire, elle les a confiné dans l’irresponsabilité, la marginalisation, l’opprobre…décrétées par les censeurs : elle les a stigmatisé encore plus. Alors qu’ils auraient dû et devaient être écoutés, entendus, considérés parce que leurs revendications étaient et sont légitimes et qu’elles-ils ont été — je me permets de reprendre leur slogan — « Droit-e-s, Dignes et Déterminé-e-s ! »

  Certes, l’expo est finie mais la lutte des détracteurs de celle-ci continue ; je vous invite donc à visiter les liens suivants, pour une reconnaissance de leurs biens fondés et pour comprendre RÉELLEMENT le racisme :

La pétition

Le Blog

La page Facebook

Antiracisme et privilège blanc

Les décolonisés

Une autre histoire

Quartiers libres

  Quelques citations à partager :

« Les nations européennes se vautrent dans l’opulence la plus ostentatoire. Cette opulence européenne est littéralement scandaleuse car elle a été bâtie sur le dos des esclaves, elle s’est nourrie du sang des esclaves, elle vient en droite ligne du sol et du sous-sol de ce monde sous-développé. Le bien-être et le progrès de l’Europe ont été bâtis avec la sueur et les cadavres des Nègres, des Arabes, des Indiens et des Jaunes. Cela nous décidons de ne plus l’oublier. » Frantz Fanon

« Si vous n’êtes pas vigilants, les médias arriveront à vous faire détester les gens opprimés et aimer ceux qui les oppriment. » Malcolm X

« Aussi longtemps que les lions n’auront pas leur historien, les récits de chasse tourneront toujours à la gloire du chasseur. » Proverbe africain

« Le racisme, c’est une vieille tradition française. La France a une tradition coloniale, colonialiste, esclavagiste, d’inégalités sociales, d’inégalité raciale très enracinée. Le poison de la colonisation et des guerres coloniales n’est pas encore disparu du corps social français. » Pierre Joxe, ancien Ministre de l’Intérieur et de la Défense in « Un parcours de conviction, Pierre JOXE ». France 3 (diffusion le 02/12/2014).

   Je terminerai cet article en vous proposant d’aller voir Mary Prince (prolongation jusqu’au 31/12/2014), qui est, cette fois, un spectacle essentiel, pour la compréhension de l’esclavage, du racisme institutionnalisé (article à suivre bientôt).

     Chriss   😉

                        © chridriss – le 14/12/2014.

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 » makwacha » : entre peinture ancestrale et action humanitaire.

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                                  Bonjour à tous !

 

          J’inaugure la nouvelle rubrique « Expo » sur mon blog avec cet article.

 

   Ce samedi 19 avril 2014, je suis allé avec une copine* (jusqu’alors « virtuelle » mais avec et après moult échanges écrits bien réels) à l’Exposition MAKWACHA à la Maison des Métallos (Paris20). Une première rencontre « dans la vraie vie » enrichissante (nous avons bien discuté) et emplie d’émotions positives.

   MAKWACHA est un village situé dans le Sud de la Province du Katanga en République Démocratique du Congo (RDC) où des femmes pratiquent l’art de la peinture murale sur l’extérieur de leurs maisons; appliquant des pigments naturels à base d’argile et de manioc à main nue ou à l’aide de pinceaux en crin d’animaux.

  Jusqu’alors, ces femmes perpétuaient une tradition en étant garante de l’héritage culturel et historique du village mais grâce au fond de dotation Artistes Africains pour le Développement (AAD), et sous le commissariat d’Hervé Di Rosa (fondateur du Musée International des Arts Modestes (MIAM), leur art est désormais accessible notamment au public français. 

  En parallèle, une action humanitaire a facilité l’accès à l’eau potable pour ce village en y creusant 3 puits. 

  Bien que ravis par cette découverte, nous avons eu quelques interrogations : en effet, comment concilier art et projet humanitaire ? Quels sont les intérêts de chaque partie ? Est-ce équitable et sincère ? 

  Ce questionnement devrait se faire à chaque fois qu’une association / ONG établit un partenariat avec l’Art afin de savoir si les intérêts sont bien communs et s’il existe un partage juste. Si ce n’est pas le cas, il me semble qu’il faille boycotter les coopérations douteuses.

   En ce qui concerne cette exposition, après quelques lectures sur le net, je ne sais si cette action est louable -vu l’aspect business des partenaires d’ ADD- mais je vous encourage à aller voir cette expo (jusqu’au 27 avril).

   Pour ces femmes et pour l’Art !

     Chriss 😉

 

 

* Merci Marielle pour ta compagnie si délicieusement précieuse !

 

 

                   Le 20/04/2014 – © chridriss